Histoire du Rwanda : le référendum du 25 septembre 1961 — Réponses à quelques questions essentielles

Mwalimu HAKIZIMANA Maurice

RWANDA: Aujourd’hui, je vais essayer de répondre à cinq questions qui me sont souvent posées au sujet du référendum du 25 septembre 1961 au Rwanda ; un référendum qui mit fin à la monarchie ou au régime féodal et consacra le régime républicain sous lequel le Rwanda évolue encore aujourd’hui. S’il existe aujourd’hui une République du Rwanda et un président de la République, tout cela trouve notamment son origine dans ce référendum.

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1. Qui avait demandé l’organisation d’un référendum entre ceux qui voulaient la monarchie et ceux qui voulaient la République ?

Réponse :

D’après les documents des Nations Unies, à l’origine de la demande d’un référendum se trouvait le roi Kigeli V Ndahindurwa.

La résolution 1580 (XV) de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 20 décembre 1960, portait sur la « Question du Mwami ».

Le Mwami Kigeli V Ndahindurwa

L’ONU y constatait qu’une divergence d’opinions était apparue au Ruanda-Urundi au sujet de l’institution monarchique et de la personne du Mwami en exercice.

“Considering that a division of opinion has arisen in Ruanda-Urundi with regard to the institution of monarchy and with regard to the person of the present Mwami of Ruanda…decides that a REFERENDUM should be held … in order to ascertain the wishes of the people concerning the institution of the Mwami, and if necessary, the present Mwami of Ruanda.”_La résolution 1580 (XV) de l’Assemblée générale des Nations Unies

Dans cette résolution, l’ONU décida donc qu’un référendum devait être organisé afin de connaître la volonté de la population concernant l’institution du Mwami et, si nécessaire, la personne du Mwami actuel du Rwanda.

Autrement dit, l’ONU considérait qu’il existait un désaccord important sur deux questions distinctes : fallait-il maintenir l’institution monarchique et, dans l’affirmative, Kigeli V devait-il continuer à être Mwami du Rwanda ?

Le référendum devait donc permettre à la population de se prononcer directement sur ces questions.

2. Quelles étaient les questions posées à la population et qui les avait préparées ?

Réponse :

La résolution 1605 (XV) de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 21 avril 1961, fixa les deux questions qui devaient être soumises au peuple.

Les deux questions étaient :

1. « Do you wish to retain the institution of the Mwami in Rwanda? »

En français : « Désirez-vous conserver l’institution du Mwami au Rwanda ? »

Et :

2. « If so, do you wish Kigeli V to continue as the Mwami of Rwanda? »

En français :« Dans l’affirmative, désirez-vous que Kigeli V reste le Mwami du Rwanda ? »

En kinyarwanda, on pourrait les rendre ainsi :

  1. « Ese wifuza ko Ingoma ya cyami igumaho mu Rwanda ? »
  2. « Niba ubyifuza, wifuza ko Kigeli V akomeza kuba Umwami w’u Rwanda ? »

La résolution 1605 (XV) précise officiellement que ces deux questions devaient être posées lors du référendum.

Référendum du 25 septembre 1961

3. À quelle date le référendum a-t-il eu lieu ?

Réponse :

Le référendum a eu lieu le 25 septembre 1961, simultanément aux élections législatives.

Les dispositions électorales publiées à l’époque indiquent explicitement que le référendum sur la question du Mwami devait se tenir le 25 septembre 1961, en même temps que les élections législatives.

Les résultats de la première question furent les suivants :
POUR : 253 963 voix
CONTRE : 1 006 339 voix
Bulletins blancs ou nuls : 14 329
Électeurs inscrits : 1 337 342

Cela correspond à 20,15 % pour le maintien de la monarchie ;79,85 % contre son maintien. Le taux de participation était d’environ 95 %.

Pour la deuxième question, concernant le maintien de Kigeli V comme Mwami, les résultats furent également négatifs
POUR : 257 510 voix — 20,40 %
CONTRE : 1 004 655 voix — 79,60 %
Bulletins blancs ou nuls : 11 526.

Ainsi, les deux questions soumises au référendum reçurent une majorité de réponses négatives.

4. Quels partis politiques étaient favorables à la monarchie et lesquels étaient favorables à la République ?

Réponse :

1. L’UNAR

L’UNAR (Union Nationale Rwandaise) était le principal parti politique favorable au maintien de la monarchie. Ses dirigeants et ses militants défendaient le maintien de l’institution monarchique et de la place du Mwami.

2. Le MDR-PARMEHUTU

Le MDR-PARMEHUTU défendait la transformation du système politique et l’instauration d’une République, avec un pouvoir politique reposant sur les institutions républicaines plutôt que sur une monarchie.

3. L’APROSOMA

L’APROSOMA (Association pour la Promotion Sociale de la Masse) se prononçait également en faveur de la fin de la monarchie et d’une transformation du système politique.

4. Le RADER

Le RADER (Rassemblement démocratique rwandais) occupait une position plus intermédiaire. Il envisageait la possibilité du maintien d’une monarchie, mais avec des transformations importantes de son fonctionnement et de la place du Mwami.

Les élections législatives organisées parallèlement au référendum donnèrent une nette majorité parlementaire au PARMEHUTU, devant l’UNAR et l’APROSOMA.

5. Comment ceux qui avaient perdu le référendum ont-ils réagi ?

Réponse :

La réaction fut particulièrement importante pour la suite de l’histoire politique du Rwanda.C’est à ce stade que les historiens impartiaux s’accordent à dire que le pays a entamé une spirale descendante. Un référendum a eu lieu le 25 septembre 1961. Début octobre 1961, la nouvelle assemblée a proclamé le Rwanda République irréversible et Grégoire Kayibanda a été élu président.

A lire (en Kinyarwanda) :Quel genre de personne était le professeur Grégoire Kayibanda, premier président de la République du Rwanda ?

Lire aussi: Grégoire Kayibanda, le journaliste hutu qui a mené la lutte pour l’indépendance du Rwanda en 1962

Après le référendum du 25 septembre 1961, le processus politique conduisit à l’instauration de la République. Le contexte politique de cette période fut cependant marqué par de profondes tensions entre les différents courants politiques rwandais.

Kigeli V contesta les résultats du référendum et ne se résigna pas à devenir simplement un citoyen ordinaire de la future République.Il quitta le Rwanda au début du mois d’octobre 1961.Il existe des documents et des preuves indiquant qu’il a voyagé par avion entre Dar es-Salaam, Bujumbura et Kinshasa!

Il a continué de faire appel à l’ONU, affirmant ne pas accepter les résultats des élections, alors même que lui ainsi que de nombreux membres de son parti, ses chefs et leurs familles avait déjà quitté le pays.

Le dossier de la « Question du Mwami du Rwanda » fut encore examiné par l’ONU en 1962. La résolution 1744 (XVI), adoptée le 23 février 1962, figure officiellement dans les archives des Nations Unies sous ce titre déclarant les résultats du référendum définitifs et valides et confirmant que le Rwanda était devenu une république ; quant à l’avenir du roi Kigeli, l’ONU a indiqué qu’il convenait de rechercher une solution « mutuellement acceptable », tout en tenant compte du référendum et de son issue.

Et l’UNAR ? Est-ce que toute l’UNAR a quitté le Rwanda ?

Non.

Il faut ici distinguer plusieurs situations.

Une partie des membres de l’UNAR resta au Rwanda et participa à la nouvelle vie politique du pays. Certains membres du parti acceptèrent les nouvelles institutions républicaines et certains exercèrent des responsabilités politiques.

Une autre partie, notamment parmi les ex chefs,sous-chefs et militants du roi qui demeuraient attachés à la monarchie et à Kigeli V, quitta le pays et poursuivit ses activités politiques depuis l’étranger.

Des représentants de ce courant adressèrent des requêtes aux Nations Unies concernant la situation politique du Rwanda et le sort du Mwami.

L’ONU a reçu une délégation dirigée par François Rukeba « président » du parti UNAR en exil, basé à Bukavu et composée d’autres anciens responsables tutsis vivant en exil. La question du Mwami continua ainsi à être examinée au niveau international.

L’ONU a rejeté leurs revendications, affirmant que les élections avaient été transparentes et que la monarchie avait été définitivement rejetée par la population. Elle a plutôt préconisé un accord entre le nouveau gouvernement rwandais et l’UNAR, conclu le 8 février 1962 ; aux termes de cet accord, le gouvernement de Kayibanda autorisait les membres qui le souhaitaient à rentrer au Rwanda pour participer aux efforts de construction nationale. Ceux qui ont refusé sont restés en exil, tandis que d’autres sont rentrés individuellement ou se rendaient librement au Rwanda pour retrouver les familles qu’ils avaient laissées sur place.

Le changement de régime ne mit pas fin aux tensions politiques.

Le Rwanda entra dans une période marquée par de profondes divisions, des violences politiques, des déplacements de populations et des affrontements entre différents groupes et mouvements politiques.

A lire également:La véritable histoire du problème rwandais de 1957-1962 (ressources authentiques et originales pour ceux qui voudraient faire de la recherche universitaire)

Une partie des opposants au nouveau régime se regroupa à l’extérieur du pays. Des incursions armées furent ensuite menées contre le Rwanda par des groupes d’exilés, auxquels leurs propres autorités donnèrent notamment le nom d’« Inyenzi ».

Dans les décennies suivantes L’UNAR (Union Nationale Rwandaise) devint RANU (Rwandese Alliance for National Unity), et RANU devint finalement le FPR/RPF (Front patriotique rwandais/Rwandan Patriotic Front.)

Le 1er octobre 1990, le FPR lança son offensive contre le Rwanda.Après plusieurs années de guerre, le FPR prit le contrôle de Kigali et du pays en juillet 1994, dans le contexte du génocide contre les Tutsi et de la guerre civile.Les événements qui suivirent appartiennent à une autre partie de l’histoire du Rwanda.

UTABA AMATEKA NTABONA ITAKA 🫵

Ce monde

Mwalimu Hakizimana Maurice est un enseignant, un interprète-traducteur et un écrivain qui exerce son activité à Paris, en France.

Le professeur Hakizimana Maurice est l’auteur du livre « UTABA AMATEKA NTABONA ITAKA » (NUL NE PEUT ENSEVELIR L’HISTOIRE) _Aux Éditions Scribes.

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