
L’Assemblée nationale a largement voté lundi le 08/09/2025 soir contre la confiance au gouvernement de François Bayrou. Le Premier ministre est donc contraint à la démission, ouvrant, pour la troisième fois en un an, la voie à la nomination de son successeur par le chef de l’Etat.
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François Bayrou, le 4 septembre 2025 Crédit : Bertrand GUAY / AFP
Encore un poussé vers la sortie. François Bayrou et ses ministres n’auront finalement résisté que quelques mois. Les députés ont très largement voté contre la confiance au gouvernement, lundi 8 septembre, avec 364 voix contre et seulement 194 pour. Le Premier ministre, qui avait lui-même convoqué ce vote, est donc contraint de remettre sa démission et celle de son cabinet au président de la République. Cette deuxième chute d’un chef de gouvernement face aux députés, après la motion de censure qui a emporté Michel Barnier le 4 décembre 2024, révèle un peu plus l’instabilité politique qui règne en France depuis la réélection d’Emmanuel Macron en 2022 et les législatives anticipées convoquées à l’été 2024, qui ont dessiné une Assemblée nationale plus divisée que jamais, sans majorité claire pour gouverner.
Un des principaux signes de cette instabilité réside dans le nombre de Premiers ministres que les Français ont vu défiler. Rien que durant l’année 2024, il y a eu quatre chefs de gouvernement différents(Nouvelle fenêtre) : Elisabeth Borne, Gabriel Attal, Michel Barnier et François Bayrou. A titre de comparaison, c’est deux de plus que pendant tout le premier quinquennat du chef de l’Etat, entre 2017 et 2022 (Edouard Philippe et Jean Castex).
François Bayrou, sixième Premier ministre d’Emmanuel Macron, est resté 269 jours en fonction. C’est le quatrième mandat le plus court sous la Ve République, derrière Gabriel Attal (189 jours), Bernard Cazeneuve (160 jours) et Michel Barnier (90 jours). Cette valse incessante au sein de l’exécutif depuis un an et demi a une conséquence visible à l’Assemblée nationale comme au Sénat. Les gouvernements successifs ont produit moins de projets de loi et laissé l’initiative législative aux parlementaires.
Pourquoi François Bayrou “tombe point par point” ?
1. Un climat politique profondément fragmenté
- Depuis les élections législatives anticipées de juin 2024 déclenchées par Emmanuel Macron, l’Assemblée nationale reste sans majorité stable. Trois blocs majeurs (extrême gauche, centre-droit, extrême droite) s’y affrontent, rendant la formation d’un gouvernement durable pratiquement impossible.
- Même la droite modérée et les écologistes ont choisi de s’opposer, fragilisant encore un peu plus toute tentative de coalition cohérente.
2. Une Popularité déjà faible dès son arrivée
- Dès décembre 2024, un sondage Ifop-Fiducial pour Sud Radio montrait que 64 % des Français étaient mécontents de sa nomination comme Premier ministre, anticipant déjà un futur vote de défiance Reuters.
3. Tentatives répétées de destitution repoussées, mais l’usure s’installe
- Bayrou a survécu à au moins huit motions de censure depuis son accession à Matignon, notamment grâce à l’abstention stratégique du Rassemblement national.
- Cela dit, le maintien constant de cette menace mettait en lumière la fragilité de son pouvoir, et l’empêchait de lancer des réformes sereinement.
4. Un plan d’austérité très impopulaire
- En septembre 2025, Bayrou a tenté un pari risqué : engager la responsabilité de son gouvernement sur un plan budgétaire drastique, comprenant 44 milliards d’euros d’économies, la suppression de jours fériés et d’autres coupes budgétaires impopulaires.
- Ce plan a suscité une violente opposition — de la gauche jusqu’à l’extrême droite — qui l’ont rapidement condamné.
5. La chute finale : malaise politique et humiliation institutionnelle
- Le 8 septembre 2025, Bayrou a perdu le vote de confiance qu’il avait lui-même convoqué : 194 voix pour, 364 contre, et 15 abstentions — une défaite historique puisqu’il s’agit de la première chute d’un Premier ministre via un vote de confiance dans la Ve République.
- Le verdict est implacable : toutes les forces d’opposition, depuis LFI jusqu’au RN en passant par les écologistes et les socialistes, avaient déjà clairement annoncé qu’elles voteraient contre Bayrou.
- Interrogé en séance, Bayrou a tenté un dernier acte dramatique, dénonçant un « état d’instabilité permanente » et refusant une dissolution — qu’il jugeait « la pire solution » — tout en pointant la responsabilité des élus plus que celle des Français
François Bayrou a choisi « d’engager devant l’Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement » sur son plan d’économies, comme le prévoit l’article 49 alinéa 1 de la Constitution.
C’est la 42e fois qu’il est fait usage du 49.1 sous la Ve République. Avant Bayrou, jamais un « 49.1 » n’a provoqué la chute de l’exécutif. Cette probable, voire inéluctable chute, sera donc une grande première depuis 1958.
Sa dernière utilisation, en juillet 2020, était sans risque : le camp présidentiel d’Emmanuel Macron et son Premier ministre, Jean Castex, disposaient alors d’une confortable majorité, contrairement à la situation actuelle.
Décembre 2024 : Barnier renversé
Fin 2024, la préparation du budget 2025 éprouve durement la fragile coalition du Premier ministre Michel Barnier. Le 2 décembre, il engage la responsabilité de l’exécutif pour faire adopter sans vote le projet de budget de la Sécurité sociale.
Le 4 décembre, une motion de censure déposée par la gauche recueille, grâce au soutien du RN, 331 voix, soit au-delà de la majorité absolue. Michel Barnier est contraint de présenter sa démission.
C’est la première fois qu’un gouvernement est renversé en réponse à l’utilisation du décrié article 49-3, qui permet d’engager la responsabilité de l’exécutif sur un texte, considéré comme adopté sauf si l’Assemblée adopte une motion de censure.
L’article 49 alinéa 3 a été utilisé à 86 reprises sous la Ve République, avec une accélération sous les deux mandats d’Emmanuel Macron (35 utilisations à ce jour, d’après les données de l’Assemblée nationale analysées par l’AFP).
Octobre 1962: Pompidou renversé
En octobre 1962, c’est l’article 49-2, dit « de censure spontanée« , qui est actionné pour faire barrage au projet de Charles de Gaulle d’élection du président de la République au suffrage universel.
Une large coalition de députés, réunissant centristes et démocrates-chrétiens, socialistes, radicaux et indépendants de droite, dépose une motion habilement tournée pour fédérer les votes.
Députés et sénateurs voient d’un mauvais œil le fait de perdre leur prérogative d’élire le président en Congrès et s’inquiètent d’une concentration du pouvoir dans les mains du président.
Le débat s’ouvre le 4 octobre dans une atmosphère houleuse. Mal à l’aise et régulièrement interrompu, Georges Pompidou défend le projet. En cas d’opposition, « le pays tranchera » par référendum, prévient-il.
La censure est approuvée par 280 députés, avec 39 voix d’avance sur la majorité requise. Pour la première fois sous la Ve République, un gouvernement est renversé.
Georges Pompidou remet sa démission au général de Gaulle, lequel dissout l’Assemblée nationale.
Organisé le 28 octobre, le référendum donne une claire victoire à l’élection du président par suffrage universel direct et, un mois plus tard, les gaullistes remportent les législatives.
L’article 49-2 de la Constitution a été utilisé à 69 reprises sous la Ve République dont 14 fois sous les deux mandats d’Emmanuel Macron.
Source : AFP
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