L’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de l’Iran, lors d’une cérémonie célébrant le 36e anniversaire de la mort de son prédécesseur, Rouhollah Khomeini, à Téhéran, le 4 juin 2025. | SERVICE DE PRESSE DU GUIDE SUPRÊME IRANIEN / ANADOLU VIA AFP
Un coup d’œil dans sa famille
Ali Khamenei est né le 19 avril 1939 à Machhad.Son père s’appellait Javad Khamenei, un Azéri de Khameneh né à Nadjaf (en Irak), une autre ville sainte du chiisme. Sa mère Khadijeh Mirdamadi d’origine persane est la fille d’un clerc. Ali Khamenei est le deuxième de ses 7 frères et soeurs, sa famille menait une vie très modestes.Ses deux frères sont également devenus des religieux comme sa famille. L’ancêtre de Khamenei est Hossein Tafreshi dont la lignée remonte — selon certains — au quatrième imam chiite Ali Zayn al-Abidin.
Ali Khamenei est marié avec Mansoureh Khojasteh Bagherzadeh, avec laquelle il a eu au total 6 enfants. Il a 4 fils (Mostafa, Mojtaba, Masoud, et Meysam) et 2 filles (Boshra et Hoda). Plusieurs de ses fils sont des dignitaires religieux.
Une femme iranienne tient le portrait du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Un dirigeant de plus en plus contesté, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. - Vahid Salemi/AP
De jeunes Iraniennes célèbrent le 36e anniversaire de la révolution islamique à Téhéran et brandissent des portraits d’Ali Khamenei. Atta Kenare, AFP
Ali Khamenei le Guide suprême de l’Iran ou la Perse,dictateur ou tolérant?
L’Iran est généralement considéré par les observateurs internationaux comme un régime autoritaire, voire une dictature théocratique, plutôt qu’un pays respectueux des droits de l’homme.
1. Nature du régime
L’Iran est une république islamique depuis 1979, avec une structure politique unique où le pouvoir religieux (notamment le Guide suprême) domine largement le pouvoir civil.
Le Guide suprême (actuellement Ali Khamenei) détient une autorité absolue sur les institutions clés : armée, justice, médias, élections, etc.
Le Conseil des gardiens valide ou invalide les candidatures aux élections, excluant systématiquement les candidats réformateurs ou d’opposition.
2. Libertés civiles
Liberté d’expression : très restreinte. Les journalistes, artistes, intellectuels, et militants peuvent être arrêtés ou emprisonnés pour avoir critiqué le régime.
Liberté de la presse : L’Iran est classé parmi les pires pays au monde pour la liberté de la presse par Reporters sans frontières.
Liberté de manifester : Les manifestations pacifiques sont souvent réprimées avec violence (ex : mouvement de 2009, protestations en 2019 et en 2022 après la mort de Mahsa Amini).
3. Droits des femmes
Fortement limités : obligation du port du hijab, inégalités juridiques dans le mariage, le divorce, la garde des enfants, l’héritage.
Les femmes sont régulièrement arrêtées pour des « violations » du code vestimentaire islamique.
4. Répression des minorités
Les minorités religieuses (comme les Bahaïs, les chrétiens convertis, ou les sunnites dans certaines régions) sont discriminées, voire persécutées.
Les minorités ethniques (Kurdes, Baloutches, Arabes, etc.) font aussi l’objet de discriminations.
5. Justice et répression
Le système judiciaire manque d’indépendance.
La torture, les aveux forcés, et les exécutions (y compris de mineurs) sont documentés par des ONG comme Amnesty International.
L’Iran figure parmi les pays ayant le plus fort taux d’exécutions capitales au monde.
En résumé : L’Iran ne respecte pas les normes internationales des droits de l’homme et est plutôt considéré comme une dictature théocratique, où la loi religieuse (charia) est utilisée pour légitimer un pouvoir autoritaire et répressif.
Que signifie la « théocratie » ?
Du grec ancien θεοκρατία, theokratía (« règne de Dieu, théocratie »), composé de θεὸς, Dieu, et ϰράτος, puissance. Au sens premier, «gouvernement par Dieu». Par extension: régime politique dont l’autorité est exercée par les leaders d’une religion ou par un souverain considéré comme le représentant de Dieu (exemples: la République islamique d’Iran, le Dalaï-Lama au Tibet).
Qui détient le pouvoir en Iran entre le président,le parlement et le Guide suprême ?
La République Islamique est un régime autoritaire théocratique où le clergé chiite exerce le pouvoir, qui incorpore des éléments démocratiques dont l’élection au suffrage universel du président et des députés au Madjles. Le Guide de la révolution, Ali Khamenei depuis 1989, détient l’autorité suprême.
Le Guide suprême est élu à vie et c’est lui qui contrôle l’armée et qui prend les décisions de sécurité, de défense et de politique étrangère.
Le Président de la République islamique d’Iran exerce certaines fonctions de chef d’État (signature des traités, accréditation des ambassadeurs, etc.) et assume celles de chef de gouvernement ; il peut être destitué par le Guide ou le Parlement.
Un ayatollah (en arabe : آية الله ou en persan : آیتالله, signifiant « signe de Dieu ») est l’un des titres les plus élevés décerné à un membre du clergé.
Les ayatollahs sont les chefs réligieux et les docteurs “experts” de l’islamdans les domaines de la jurisprudence, de l’éthique, de la philosophie ou du mysticisme. Ils enseignent la plupart du temps dans les hawza( écoles) islamiques.Le plus haut grade régissant la hiérarchie des Ayatollahs sont les marja portant le tire de Grands Ayatollahs.
Les ayatollahs portent des turbans noirs ou verts, pour indiquer leur position de sayyid, “descendant de Mahomet“ par sa fille Fatima, épouse d’Ali, le premier imam dans le chiisme duodécimain. Les autres ayatollahs portent traditionnellement un turban blanc.
Ayatollah Ali Khamenei est un descendant du prophète Mahomet. Sa lignée remonte, selon certaines sources, au quatrième imam chiite, Ali Zayn al-Abidin. C’est pourquoi il porte toujours le turbant noir.
Dans la langue françaisecourante, le terme « Ayatollah » est également employé pour désigner une personne particulièrement intransigeante sur un sujet précis.
Ali Khamenei est-il diplômé?
Oui,le jeune Ali Khamenei a fait des études en littérature et en théologie. Il passait plus de temps à la bibliothèque Astan-e Qods-e Razavi, la plus grande collection de livres en Iran, qu’à la mosquée. Selon Soulayma Mardam Bey, « Ali Khamenei, la fin d’une ère», L’Orient-Le Jour, 15 juin 2025 le jeune Ali Khamenei appréciait les livres de Mikhaïl Cholokhov, Alexis Tolstoï, Victor Hugo, Honoré de Balzac et Michel Zévaco.
Son roman préféré est Les Misérables, sur lequel il déclare :
« J’ai lu la Divine Comédie. J’ai lu Amir Arsalan. J’ai aussi lu Les Mille et Une Nuits. Mais Les Misérables sont un miracle dans le monde de l’écriture des romans… Je l’ai dit à plusieurs reprises, allez lire Les Misérables une fois. C’est un livre de sociologie, un livre d’histoire, un livre de critiques, un livre divin, un livre d’amour et de sentiment. »
Il est également un amateur de poésie, a écrit despoèmes sous le pseudonyme « Amin » et a participé à des concours de poésie durant sa jeunesse. Il déclare également avoir été un admirateur du philosophe français Jean-Paul Sartre (lui-même admirateur de Khomeyni et soutien de la révolution iranienne) et de Bertrand Russellpendant sa jeunesse.
Sa passion l’introduit, à la fin des années 1950, dans les salons littéraires de Machhad où il se lie avec des intellectuels locaux, souvent marqués à gauche, comme le philosophe Alî Sharî’atî, qui mélangeait chiisme et marxisme dans ses œuvres, et le romancier Jalal Al-e Ahmad, qui imputait le retard et le sous-développement de l’Iran à l’émulation de l’Occident par le régime Pahlavi.Outre le persan, Ali Khamenei parle courammentarabe et azéri.
Études religieuses
Ali Khamenei commence ses études religieuses à Machhad sous la direction de Hashem Qazwini et de l’ayatollah Milani, puis s’est rendu à Nadjaf, en Irak. Au séminaire de Qom, il suit les enseignements des ayatollah Hossein Tabatabai Borujerdi et Rouhollah Khomeini dont il fait la connaissance à cette occasion. L’opposition de Khomeini à la modernisation de l’Iran sous le régime du shah, jugée contraire à l’islam, aura sur Khamenei une influence décisive.
En 1967, il traduit vers le persan l’ouvrage du Frère musulman Sayyid Qutb « al-Mustaqbal li-hadha al-din » (L’avenir de cette religion), dans lequel l’auteur défend la suprématie politique de l’islam. Dans la préface de sa traduction, Ali Khamenei déclare que l’islam doit moderniser son message pour séduire les jeunes générations.
Khamenei étudie la philosophie islamiquepuis devient ayatollah. Les adversaires de Khamenei ont néanmoins longtemps raillé ses connaissances religieuses limitées.
L’Ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la République islamique d’Iran, détient le titre religieux de “Marjaʿ-e taqlid” (source d’imitation).Son plus haut diplôme n’est pas universitaire au sens occidental, mais correspond à la plus haute qualification dans les études religieuses chiites, obtenue dans les hawzas (séminaires religieux), notamment celles de Najaf (en Irak) et de Qom (en Iran).
Khamenei a atteint le rang de “Mujtahid”, c’est-à-dire quelqu’un capable d’effectuer l’ijtihad (interprétation indépendante de la loi islamique). Ce niveau est considéré comme l’équivalent d’un doctorat en jurisprudence islamique (fiqh) dans le système religieux chiite.
En résumé : Le plus haut diplôme d’Ali Khamenei est religieux : il est Mujtahid, ce qui constitue le niveau académique le plus élevé dans les études religieuses chiites.
Le parcours politique de l’ayatollah Ali Khamenei
Ali Khamenei a joué un rôle majeur dans la révolution iranienne de 1979, qui a conduit au renversement du shah Mohammad Reza Pahlavi et à l’instauration de la république islamique d’Iran. Il est devenu une figure importante de cette révolution et était considéré comme l’un des principaux confidents de l’ayatollah Khomeini, qui se proclamme “Guide suprême de la Révolution” lorsqu’il remplace le shah destitué.
En 1981, après l’assassinat du président iranien Mohammad Ali Radjaï, Khamenei a été élu président de la république islamique d’Iran, devenant ainsi le premier ayatollah à occuper ce poste. C’est également en 1981 qu’il échappe à un attentat (une bombe cachée dans un magnétophone) préparé par l’Organisation des Moudjahiddines du peuple iranien, à cause duquel il perd l’usage de l’une de ses mains. Il a été réélu pour un second mandat en 1985.
En 1989, peu avant sa mort, l’ayatollah Khomeini désigne Ali Khamenei comme son successeur au poste de guide suprême de la Révolution islamique. Depuis lors, Khamenei est le guide suprême, une position qui lui confère un pouvoir considérable sur les affaires politiques, économiques et militaires de l’Iran.
Le nom Iran, qui signifie « royaume des Aryens », est officiellement adopté le 21 mars 1935 pour l’usage international. Auparavant, le pays était connu en partout sous le nom de Perse. Les noms « Perse » et « Iran » sont souvent utilisés indifféremment dans le contexte culturel, bien que le terme « Iran » demeure utilisé officiellement dans le contexte politique.
Crédit photo : Wikimedia Commons / Ispahan, ville incontournable de l’Iran
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