Lettre d’un africain au Président d’un pays voisin

HAKIZIMANA Maurice

Lettre d’un Togolais au Président du Bénin (Texte de Brice Ahossa)

Monsieur le Président,

Je viens d’à côté.

Juste là, à l’ouest de votre frontière.

Je viens d’un pays qui ne change jamais de visage,

même quand le peuple crie famine ou liberté.

Je viens du Togo.

Ce petit pays qu’on appelle République

mais qui fonctionne comme une succession familiale.

Un père qui a régné comme empereur.

Un fils qui revient toujours,

même quand le peuple le pousse vers la sortie.

Ces derniers jours, il est revenu.

Stratégiquement. Discrètement. Par amendement.

Il a changé la Constitution.

Pas pour améliorer le sort des gens.

Non. Pour améliorer son propre avenir politique.

Il a effacé les limites. Recommencé les compteurs.

Encore.

Pendant que lui s’installe,

les jeunes partent.

Ceux qui ont un passeport s’en vont.

Ceux qui n’en ont pas, rêvent de fuir.

Nous ne fuyons pas une guerre.

Nous fuyons l’usure.

L’absence d’avenir.

Le chômage, la misère, le néant.

Et nous, ceux qui restent ?

Nous regardons.

Nous attendons.

Nous survivons.

Et dans ce silence qui nous ronge,

on voit vos images, Monsieur le Président.

Les images de Cotonou la capitale.

Les routes. Les ponts. Les statues.

Les bâtiments qui montent.

L’espoir qui prend forme.

Je regarde le Bénin,

et je me demande :

quand aurons-nous droit à cela ?

Ici, au Togo, on n’ose même plus parler de futur.

On survit dans le provisoire permanent.

Et chaque fois qu’on pense que ça va changer,

Faure revient.

Toujours plus fort, toujours plus seul, toujours plus indifférent.

Alors je vous écris, Monsieur le Président.

Pas pour l’argent.

Pas pour l’asile.

Mais pour une idée.

Et si vous faisiez ce que personne n’ose ?

Tendez la main.

Pas à Faure.

Au peuple togolais.

Et si vous proposiez une Fédération Bénin–Togo ?

Une vraie.

Une qui unit les peuples.

Les Mina. Les Mahi. Les Bariba. Les Lokpa. Les Yoruba.

Tous ces noms qu’on a coupés en deux par une frontière coloniale.

Faites-le.

Pas pour votre gloire.

Mais pour l’Histoire.

Faites-le pendant que nous avons encore la force d’espérer.

Parce que bientôt, même l’espoir partira en exil.

Et si demain, votre voisin frappait à votre porte,

ouvrez.

Pas pour lui donner à manger,

mais pour qu’on construise ensemble ce que Faure a refusé de bâtir :

une patrie pour les vivants.

Avec respect, lucidité et une fatigue que même le silence ne cache plus,

Un citoyen togolais

Étranger chez lui. Frère chez vous.

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