
Author: HAKIZIMANA Maurice
Saïf al-Islam Kadhafi, le fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, a été tué en Libye le 3 février 2026 à l’âge de 53 ans, selon plusieurs médias internationaux et confirmations de ses proches et de son entourage.

Saïf al-Islam Kadhafi en 2021.
(1) Ce que l’on sait de sa mort
- Saïf al-Islam a été assassiné lors d’une attaque armée menée par un groupe d’hommes non identifiés dans sa résidence à Zintan, dans l’ouest de la Libye.
- Son conseiller politique, Abdullah Othman, a confirmé sa mort dans une publication sur les réseaux sociaux.
- Des témoins ont indiqué que quatre assaillants auraient neutralisé les caméras de sécurité avant de l’exécuter.
- L’identité des responsables reste inconnue à ce stade et aucune autorité libyenne n’a encore émis de déclaration officielle complète.
(2) Qui était Saïf al-Islam Kadhafi ?
Saïf al-Islam Kadhafi est né le 25 juin 1972 à Tripoli, en Libye. Il est le deuxième fils de Mouammar Kadhafi, dirigeant de la Libye de 1969 à 2011, et de Safia Farkash. Il grandit au cœur du pouvoir libyen, dans un environnement politique fortement marqué par l’idéologie de la Jamahiriya, le système mis en place par son père.
Sur le plan académique, Saïf al-Islam reçoit une formation supérieure relativement ouverte sur l’international. Il étudie d’abord l’ingénierie à l’Université Al-Fateh de Tripoli, avant de poursuivre des études à l’étranger. Il obtient un master puis un doctorat à la London School of Economics (LSE). Sa thèse, portant sur le rôle de la société civile dans la gouvernance mondiale, alimente l’image d’un héritier intellectuel et réformateur, soucieux de moderniser l’État libyen.

À partir du début des années 2000, il devient une figure centrale du régime sans occuper de fonction officielle de chef d’État. Il dirige la Fondation Kadhafi pour le développement, par laquelle il s’implique dans des dossiers sensibles : libération de prisonniers politiques, médiations diplomatiques, négociations avec l’Occident, notamment sur les sanctions internationales et le programme nucléaire libyen. À cette époque, il est souvent présenté comme le possible successeur de son père et comme l’architecte d’une transition progressive vers des réformes politiques et économiques.
Cependant, cette image se fracture brutalement lors du soulèvement libyen de 2011. Saïf al-Islam prend publiquement la défense du régime et prononce des discours très fermes, rejetant la rébellion et dénonçant une ingérence étrangère. Après la chute de Tripoli, il est capturé en novembre 2011 par une milice à Zintan.
En 2015, il est condamné à mort par contumace par un tribunal de Tripoli, tandis que la Cour pénale internationale (CPI) le recherche pour crimes contre l’humanité. En 2017, sa libération est annoncée dans l’est du pays à la suite d’une amnistie, mais son statut juridique demeure flou et contesté à l’échelle nationale et internationale.
Depuis lors, Saïf al-Islam Kadhafi vit en retrait, réapparaissant ponctuellement dans le débat politique libyen. Il a tenté de se repositionner comme une figure politique nationale, notamment lors des discussions autour des élections présidentielles, s’appuyant sur une partie de la population nostalgique de l’ancien régime. Son nom reste toutefois profondément clivant dans une Libye toujours marquée par l’instabilité, les divisions internes et les séquelles de la guerre.
Ils « ont pris d’assaut la résidence de Saïf Al-Islam Kadhafi après avoir neutralisé les caméras de surveillance, puis l’ont exécuté », a écrit la chaîne Libya Al-Ahrar sur X, citant ses propos.

(3) Recherché par la CPI pour crimes contre l’humanité
« Le docteur Saïf Al-Islam est tombé en martyr, a de son côté déclaré son cousin, Hamid Kadhafi, par téléphone à la même chaîne. Nous n’avons pas d’autres informations. »
Recherché par la CPI pour crimes contre l’humanité, Saïf Al-Islam Kadhafi avait été arrêté dans le Sud libyen. Longtemps détenu à Zinten, il avait été condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès expéditif pour son rôle dans la répression du soulèvement contre son père, avant de bénéficier d’une amnistie.
Jusqu’à l’annonce de sa mort, on ne savait pas où il se trouvait. En 2021, bien qu’il ait été recherché, il avait déposé sa candidature à la présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime. L’élection ne s’était finalement pas tenue.
(4) A qui profite ce crime?

À ce stade, on ne sait pas “qui a commandité”, mais on peut analyser à qui cela profite politiquement. Voilà les pistes les plus crédibles, sans fantasmes.
Aux autorités libyennes en place (Tripoli & Benghazi)
Bénéfice élevé. Saïf al-Islam restait :
- un symbole vivant du régime Kadhafi
- un pôle de ralliement pour les nostalgiques, certaines tribus et une partie du sud libyen
- un candidat potentiel à toute transition politique future
Sa disparition :
- élimine un rival historique
- réduit le risque d’un retour politique des kadhafistes
- simplifie les équilibres internes déjà très fragiles
Il était un gagnant stratégique, même sans implication directe.
Aux milices locales (Zintan, Ouest libyen)
Bénéfice tactique: Zintan l’a longtemps protégé… mais aussi contrôlé. Sa présence était devenue :
- une monnaie d’échange encombrante
- un facteur de pressions internationales
- un risque sécuritaire
Pour certaines factions, sa mort = fin d’un fardeau.
À des acteurs étrangers (intérêt indirect)
Bénéfice géopolitique possible. Saïf al-Islam était :
- recherché par la CPI
- imprévisible dans ses alliances
- potentiellement capable de rebattre les cartes régionales
Sa disparition :
- empêche tout scénario de retour souverainiste fort
- maintient la Libye dans un équilibre fragmenté, plus facile à influencer
Pas forcément un commanditaire, mais un bénéficiaire passif.
À ses ennemis personnels et tribaux
Bénéfice local.Il portait :
- le poids des crimes du régime
- des vengeances différées depuis 2011
- des rivalités tribales non réglées
Pour certains, c’est une justice privée tardive.
À Nicolas Sarkozy
Saïf al-Islam Kadhafi était l’un des très rares acteurs encore en vie qui :
- affirmait publiquement que la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 avait été financée par la Libye
- disait détenir des preuves, des témoins, des circuits financiers
- avait déjà mis en cause Claude Guéant, Brice Hortefeux, et Sarkozy lui-même
Même si la justice française ne se base pas sur des déclarations politiques, sa parole avait un poids symbolique et narratif énorme.
A noter que sur le plan judiciaire la mort de Saïf al-Islam ne met PAS fin aux procédures en France.
- Les juges français disposent déjà :
- de témoignages
- de documents
- de flux financiers analysés
- Sarkozy est jugé sur pièces et faits, pas sur la parole d’un seul homme
Donc juridiquement, son décès n’efface rien.
Sur le plan politique et médiatique.Là, c’est différent. Sa disparition :
- supprime un témoin potentiel vivant, imprévisible
- empêche toute confrontation directe (audition, commission, CPI)
- réduit la pression médiatique liée à ses futures déclarations
En résumé
Ce crime profite surtout à ceux qui avaient intérêt à ce que Saïf al-Islam ne parle plus, ne se présente plus et ne fédère plus.

Ce monde,

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