
HAKIZIMANA MauriceII Texte en anglais d’Amb. Anthony Mukwita
Edgar Chagwa Lungu – 11 Novembre 1956 – 5 Juin 2025
LUSAKA — Aujourd’hui, je n’écris pas avec l’encre d’un journaliste ni avec la plume d’un diplomate, mais avec le poids d’un cœur brisé.
Le sixième Président de la République de Zambie, Edgar Chagwa Lungu, est décédé. Et avec lui, une part de l’âme de notre nation semble avoir été arrachée.
C’est un moment de chagrin indicible. Un moment que j’espérais ne jamais vivre — et pourtant, il est arrivé comme un voleur dans la nuit, nous dérobant un homme que nous appelions père, frère, dirigeant et ami.

Le Président Lungu est décédé à Johannesburg, en Afrique du Sud, après une période de maladie. La nouvelle a été annoncée à la nation par sa fille, Tasila Lungu Mwansa, mais en réalité, elle nous a tous bouleversés.
Nous sommes dévastés. L’air est plus lourd aujourd’hui à Lusaka et dans chaque recoin de cette grande république — des collines cuivrées de Chipata aux plaines de Mongu.
Les rues sont silencieuses, pourtant on entend le chagrin. Les gens pleurent ouvertement. Les commerçants ont baissé le rideau, les étudiants sont en réflexion silencieuse, et les églises ont grand ouvert leurs portes pour la prière. Nous sommes en deuil.
Je cherche les mots pour décrire l’homme qui a un jour arpenté ces mêmes couloirs du pouvoir, cet homme dont le rire facile et la présence imposante ont marqué une époque dans notre pays.
Un homme à la foi inébranlable, un chrétien fervent, un mari dévoué, un père et un grand-père aimant. Il était, par-dessus tout, un homme du peuple — humble, accessible, profondément enraciné dans la terre qui l’a vu naître.
Sa vie n’a jamais été facile. C’est pourquoi j’ai intitulé son histoire « Contre vents et marées ». J’ai eu l’immense honneur et privilège d’écrire sa seule autobiographie connue, sous ce titre.
C’était en 2017, alors que je servais comme vice-ambassadeur de Zambie à Stockholm. Plus tard, de sa propre main, j’ai été affecté à Berlin en tant qu’ambassadeur.
C’était ça, Edgar Lungu — il ne se contentait pas de reconnaître la loyauté, il la récompensait avec grâce et bienveillance.
Il n’était pas parfait — aucun dirigeant ne l’est — mais ses imperfections n’ont jamais éclipsé son intégrité, son amour et sa gentillesse.
Je me souviens de nos longues conversations téléphoniques, parfois à l’aube, parfois après minuit. Il appelait pour prendre de mes nouvelles et de celles de ma famille, malgré ses hautes fonctions. Pas parce qu’il avait besoin de quelque chose. Pas pour des raisons diplomatiques.
Juste pour dire : « Muli shani, mudala ba Tony ? » C’était ça, ECL : peu importe votre rang, il vous respectait. Toujours attentif. Toujours bienveillant. Son rire illuminait la ligne. Son ton calme pouvait apaiser une tempête.
Et maintenant, cette voix s’est tue.
L’ASCENSION INARRÊTABLE D’EDGAR LUNGU
Le Président Lungu est arrivé au pouvoir après le décès prématuré du Président Michael Sata, un moment douloureux pour la nation, semblable à celui que nous vivons aujourd’hui.
Il a dirigé la Zambie de 2015 à 2021, guidant le pays à travers des turbulences économiques, des épreuves politiques et une transformation infrastructurelle remarquable. Il a quitté ses fonctions en 2021, lorsque le Président Hakainde Hichilema a remporté les élections à fort enjeu.
Sous sa direction, des routes ont été construites là où il n’y en avait aucune. Des ponts ont relié des communautés autrefois isolées. Des aéroports et des barrages témoignent encore aujourd’hui de son héritage en matière de développement.
Son nom restera à jamais gravé dans notre mémoire collective — non seulement dans le béton et les briques, mais aussi dans la manière dont il a redonné foi aux Zambiens.

ECL ET LA CONSTITUTION
N’oublions pas l’un de ses héritages les plus puissants : la réintroduction de la clause des 50 % plus un dans la constitution zambienne. Un principe démocratique qui garantit que tout président, désormais, doit obtenir la véritable majorité des suffrages du peuple.
Ironiquement, cette réforme a joué contre lui sur le plan politique, mais il l’a soutenue jusqu’à sa mort. Car pour lui, les principes comptaient plus que le pouvoir. Cela seul vous dit quel genre de leader nous avons perdu.
L’Hon. Given Lubinda, son allié de longue date et camarade du Front Patriotique, a qualifié ce moment de « profondément malheureux ». Je partage cette peine avec une âme lourde. Ce n’est pas seulement malheureux — c’est tragique.
Nous ne pleurons pas seulement un ancien Chef d’État ; nous pleurons la fin d’une époque.
Le Président Lungu devait fêter ses 69 ans le 11 novembre prochain. Nous aurions célébré avec lui. Aujourd’hui, nous pleurons à la place. L’aile Kenneth Kaunda du Centre de Conférence International de Mulungushi porte encore ses empreintes.
Mais ce sont sa chaleur, son humilité, et sa foi inébranlable dans le peuple zambien qui restent gravés plus profondément que le béton.
Il laisse derrière lui son épouse, la gracieuse Esther Lungu, ses enfants, ses petits-enfants — et des millions d’entre nous, dont il a touché la vie, directement ou indirectement.
Et bien que son corps repose désormais en silence, son héritage continue de vivre. Dans nos mémoires, dans nos ponts, dans nos lois, et dans le tissu même de cette république.
Mon cœur saigne pour la Zambie aujourd’hui.
Adieu, Monsieur le Président. Adieu, ECL.
Vous avez couru votre course avec dignité. Vous avez dirigé avec cœur et courage. Et même si les cieux vous ont rappelé, votre histoire demeure avec nous — à jamais.

Amb. Anthony Mukwita
Auteur – Contre vents et marées : Le parcours d’Edgar Lungu vers la présidence
Lusaka, Zambie – 5 juin 2025.
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